Bulletin GSI de septembre 2016
Dépassement, pic puis déclin : la nouvelle ambition climatique?
Sibi Bonfils, GSI
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- Introduction
Le dépassement du seuil de réchauffement de 1,5°C est inéluctable. Le défi, désormais, est de s’assurer que ce dépassement soit « aussi petit et court que possible ». Telle est la principale conclusion du rapport Limiting Overshoot: Navigating exceedance of 1.5°C and pathways towards return (Limiter le dépassement : Naviguer au-delà de 1,5 °C et tracer les voies d’un retour) que vient de publier le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Cette conclusion vient changer, du tout au tout, la référence centrale de l’ambition climatique définie en 2015 par l’accord de Paris sur le climat, à savoir, « maintenir l’augmentation de la température moyenne mondiale bien en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, tout en poursuivant les efforts pour limiter cette augmentation à 1,5 °C »
On s’attendrait à une réaction de rejet de ce rapport de la part de la société civile qui a historiquement porté et popularisé le seuil de 1,5°C et continue de considérer que ce seuil « n’est pas un slogan, mais une limite de survie pour des millions de personnes ». Il est accueilli par la société civile, indique la littérature, avec une combinaison contradictoire de soulagement et de forte inquiétude.
Du côté des agences et institutions officielles, le rapport est perçu comme un tournant institutionnel majeur commandant une adaptation de la gouvernance climatique à une réalité qui s’est faite de plus en plus pressante et incontournable ces dernières années. Le franchissement momentané du seuil de 1,5°C en 2024 et les évènements météorologiques extrêmes subis récemment et au cours des 5 dernières années caractérisent cette nouvelles réalité.
Nous nous dirigeons, indique le rapport, « vers un avenir plus chaud que l’objectif de l’Accord de Paris ». La conséquence évidente est que, « les décisions, la science et, surtout, les mentalités doivent évoluer vers la vision du seuil de 1,5°C comme un objectif que nous aborderons par le haut plutôt que par le bas ». L’enjeu des politiques publiques n’est donc plus, précise-t-il, « d’éviter le dépassement, mais de le gérer ».
Ce numéro du bulletin porte sur ce rapport. Il rappelle le contexte général dans lequel se situe sa publication. Il en fait une brève présentation en en ressortant les idées forces et conclut avec une revue synthétique des réactions qu’elle a suscitées dans le landernau des nombreux et différents acteurs du climat.
- Le contexte dans lequel le rapport est publié
Le Rapport Limiter le dépassement : Naviguer au-delà de 1,5 °C et tracer les voies d’un retour du PNUE a été publié dans un contexte général marqué par la succession d’évènements climatiques extrêmes qui ont frappé la planète de façon répétée ces dernières années, avec notamment les vagues de chaleur de cet été en Europe ayant causé des milliers de morts, des incendies de forêts en Europe et en Amérique ayant dévoré des centaines d’hectare de forêts, des inondations partout dans le monde et en particulier en Afrique et en Asie. Le graphique ci-dessous donne un aperçu de ces évènements pour le seul mois de juillet 2026.

Ces évènements rappellent que les risques climatiques projetés par des rapports du Groupe Intergouvernemental d’Experts sur l’Évolution du Climat (GIEC) ou de l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) se matérialisent plus rapidement et plus durement que prévu.
Le rapport du PNUE tire par ailleurs les conséquences de l’échec patent des politiques climatiques mises en œuvre ici et là dans le monde. Elles se révèlent insuffisantes pour infléchir la trajectoire actuelle des émissions mondiales de gaz à effet de serre, conduisant la communauté scientifique à une conclusion évidente : le seuil de réchauffement planétaire de 1,5 °C (établi par l’Accord de Paris) sera franchi à titre de moyenne pluriannuelle au cours de la prochaine décennie, indique-t-il.
C’est ce que dit explicitement l’OMM dans son rapport Global Annual to Decadal Climate Update 2026-2035, publié en mai 2026. « Il est très probable (91 % de chances) que la température moyenne mondiale près de la surface dépasse de 1,5 °C les niveaux moyens de 1850-1900 pendant au moins une année entre 2026 et 2030. Il est également probable (75 % de chances) que la moyenne quinquennale 2026-2030 dépasse de 1,5 °C la moyenne de 1850-1900 ».
Le PNUE est l’auteur assidu des Emissions Gap Reports qu’il publie depuis 2010. Ces rapports évaluent chaque année l’écart entre d’une part, les engagements climatiques pris et les politiques mises en œuvre par les pays et, d’autre part, les réductions de gaz à effet de serre réellement nécessaires pour limiter le réchauffement climatique mondial à 1,5 °C ou bien en dessous de 2 °C, conformément à l’Accord de Paris. Ils proposent des pistes concrètes, des secteurs clés et des leviers technologiques ou politiques pour combler cet écart. Le graphique ci-dessous donne un aperçu de ces écarts.

Ce qui ressort d’une décennie et demie de ce suivi assidu, c’est que les écarts varient peu d’une année à l’autre et tendent même à s’accroître malgré la kyrielle de mesures concrètes proposées ici et là dans le monde par des acteurs stratégiques comme le PNUE, l’OMM ou l’Agence Internationale de l’Énergie, pour rester en dessous de 1,5°C.
L’imminence du dépassement a fini par s’imposer à tous, conduisant à la nécessité d’un changement de perspective en ce qui concerne l’ambition climatique. Au lieu de tout mettre en œuvre pour éviter le dépassement comme c’est le cas aujourd’hui, on mettrait à l’avenir tout en œuvre pour que le désormais inévitable dépassement soit « aussi petit et court que possible » et que le retour en dessous de 1,5°C soit le plus rapide possible. Car, indique le Secrétaire Général des Nations Unies, « un dépassement, même temporaire, comporte des risques majeurs de points de basculement irréversibles pour les écosystèmes et d’aggravation des pertes économiques ».
Des Points de Bascule climatiques
Les points de bascule climatiques (ou tipping points) sont des seuils critiques au-delà desquels un composant du système terrestre bascule de manière soudaine, radicale et souvent irréversible vers un nouvel état. Selon le rapport Overshoot du PNUE, la probabilité de franchir ces points augmente à chaque dixième de degré et avec la durée du dépassement de la barre des 1,5 °C. Il s’agit notamment :
- De l’effondrement des calottes glaciaires concernant principalement le Groenland et l’Antarctique occidental. Passé un certain niveau de chaleur, la fonte des glaces s’auto-entretient. Et une fois enclenchée, cette déstabilisation massive devient impossible à stopper, provoquant une hausse majeure, inéluctable et définitive du niveau des océans sur plusieurs siècles, mettant en danger de disparition sous les eaux la plupart des villes côtières.
- Du dépérissement de la forêt amazonienne dû à la hausse des températures couplée à la déforestation, lesquelles perturbent le cycle des pluies que la forêt génère elle-même. L’Amazonie risque de subir une transition irréversible vers un écosystème de type savane aride. En mourant, ce poumon vert cesserait d’absorber le carbone et relâcherait des milliards de tonnes de CO2 dans l’atmosphère, accélérant brutalement le réchauffement global
- De la perturbation de la circulation océanique de retournement de l’Atlantique (AMOC – Atlantic Meridional Overturning Circulation). L’AMOC est le grand tapis roulant océanique (qui inclut le Gulf Stream) transportant l’eau chaude des tropiques vers le nord (en surface) et l’eau froide vers le sud (sous l’océan). L’apport massif d’eau douce issu de la fonte des glaces arctiques menace de gripper ce moteur qui distribue la chaleur sur la planète, régule les cycles de pluies et les moussons et oxygène les abysses. Un ralentissement brutal ou un arrêt complet de l’AMOC modifierait le climat planétaire de façon permanente, provoquant un refroidissement sévère en Europe du Nord et un dérèglement total des moussons en Afrique et en Asie.
Source : Gemini
Le rapport du PNUE vient en quelque sorte « brasser la cage » pour que le monde prenne conscience de l’inévitabilité du dépassement et des risques qui viennent avec, et qu’il réhausse son ambition climatique en mettant de toute urgence en œuvre les mesures garantissant « des réductions immédiates et massives des émissions (y compris du méthane) pour abaisser le pic de réchauffement » dans la perspective d’un dépassement «°aussi petit et court que possible°».
- Les idées forces du rapport
Le message central du rapport du PNUE est le suivant : le monde dépassera inévitablement le seuil de 1,5°C dans les prochaines années. Il reste cependant possible de limiter l’ampleur et la durée de ce dépassement, puis de ramener les températures sous 1,5°C grâce à une combinaison de réduction massive et urgente des émissions, d’adaptation renforcée, et de déploiement gouverné du retrait du carbone (CDR). Le tableau ci-dessous en donne les points clés et quelques-unes des idées forces.
| Axe | Éléments clés | Implications |
|---|---|---|
| Définition de l’Overshoot | Dépassement temporaire du seuil de 1,5°C avant un retour ultérieur. Trajectoire en 4 phases : dépassement → pic → déclin → stabilisation. | Le succès climatique dépend désormais de l’ampleur du pic, la durée du dépassement, et la capacité à revenir sous 1,5°C. |
| Constat central | Le dépassement de 1,5°C est inévitable dans les prochaines années. Pic probable autour de 1,8°C. | Nécessité d’intégrer l’overshoot dans les politiques publiques, les CDN et les stratégies de long terme. |
| Risques associés | Intensification des vagues de chaleur, sécheresses, incendies, inondations. Pressions extrêmes sur les écosystèmes. Risques accrus de points de bascule. | Plus le pic est élevé et prolongé, plus les impacts deviennent irréversibles et les coûts explosent. |
| Atténuation | Réduction immédiate et massive des émissions, y compris méthane. Atteinte du net‑zéro, puis émissions net‑négatives. | Condition indispensable pour limiter le pic et raccourcir la durée du dépassement. |
| Retrait du carbone (CDR) | Afforestation, restauration des écosystèmes, BECCS, DACCS. Rôle crucial pour ramener les températures sous 1,5°C après le pic. | Besoin d’une gouvernance stricte pour éviter les dérives (accaparement des terres, impacts sociaux). |
| Adaptation | Renforcement de la résilience des infrastructures, systèmes alimentaires, santé, eau. Reconnaissance des limites de l’adaptation. | Les politiques doivent anticiper des conditions climatiques plus sévères pendant l’overshoot. |
| Financement | Besoins accrus pour l’adaptation, les pertes et dommages, et le déploiement du CDR. | Importance du soutien aux pays vulnérables et de la réforme des flux financiers internationaux. |
| Messages stratégiques | L’overshoot n’est pas un argument pour l’inaction. Il impose une accélération simultanée : atténuation + adaptation + CDR. | Rehausser l’ambition climatique, intégrer l’overshoot dans les CDN, planifier les risques extrêmes, structurer la gouvernance du CDR. Source : préparé avec Copilot |
La trame narrative du rapport i) précise le contenu donné au terme Overshoot, ii) rappelle le constat central qui a motivé le rapport, iii) décrit les impacts délétères associés au dépassement du seuil de 1’5°C et iv) propose des solutions de réduction massive des émissions pour limiter le niveau et la durée du dépassement, en insistant sur la nécessité d’un v) programme structuré d’adaptation aux impacts ainsi que sur vi) les besoins importants de financement pour mettre en œuvre ce programme et les solutions de réduction des émissions.
La figure ci-dessous propose une représentation de l’Overshoot que l’équipe d’auteurs a surnommée la « voie du pic et du déclin », ou la « voie du dépassement » en abrégé. La voie décrit une trajectoire en quatre étapes, allant du dépassement de la température (de 1,5°C), à un pic (idéalement maintenu en dessous de 2°C), à un déclin, et enfin à la stabilisation en dessous de 1’5°C. Cette trajectoire n’est pas prédéterminée, indique le rapport. Chaque décision et action mise en œuvre la déterminent en fin de compte.

Les risques liés au dépassement du seuil de 1’5°C sont déjà perceptibles. Les vagues de chaleur qu’ont expérimentées les pays européens cet été en donnent une première idée. Le rapport souligne que « chaque fraction de degré au-dessus de 1,5°C intensifie ces risques », comprenant, au-delà des vagues de chaleur extrême, des Incendies, des inondations, des sécheresses, des pressions accrues sur les écosystèmes, avec, en prime, des risques de franchissement de points de bascule climatiques.
Trois principaux leviers d’action sont préconisés pour que le dépassement reste « °aussi petit et court que possible°». L’atténuation, avec des réduction massives et soutenues des émissions de GES, incluant le méthane, es l’un de ces leviers qu’il faudra coupler avec le retrait du carbone (Carbon Dioxide Removal – CDR), essentiel pour ramener les températures sous 1,5°C après le pic. L’adaptation est le troisième levier qui s’impose pour renforcer la résilience des sociétés, des économies et des infrastructures dans le contexte du dépassement ou les risques vont s’exacerber.
Le rapport insiste sur la nécessité d’agir maintenant en ce qui concerne surtout la réduction des émissions, pour limiter la hauteur du pic et la durée du dépassement. Car, plus le pic est bas, moins les impacts sont graves. De même, plus la durée du dépassement est courte, plus les chances de revenir sous 1,5°C augmentent. Il insiste aussi sur la nécessité d’une gouvernance internationale stricte du CDR.
Pourquoi le CDR doit être strictement gouverné
Le recours au CDR (Carbon Dioxide Removal ou élimination du dioxyde de carbone) est incontournable pour atteindre des émissions nettes négatives et faire redescendre l’élévation de la température moyenne en dessous de 1,5°C. Le CDR regroupe deux grandes catégories d’approches:
Les solutions basées sur la nature, comme la reforestation, l’afforestation (planter des arbres là où il n’y en avait pas) ou l’amélioration du stockage du carbone dans les sols agricoles.
Les solutions technologiques : Comme le captage direct du carbone de l’air (DACCS – Direct Air Carbone Capture and Storage), ou la bioénergie avec captage et stockage du carbone (BECCS –Bio-energy with Carbon Capture and Storage).
Laisser le CDR sans régulation pose des risques majeurs. Seule une gouvernance internationale stricte permettra:
- De donner la priorité à l’atténuation afin d’empêcher que le CDR serve d’« alibi » pour éviter la réduction drastique et immédiate des émissions de gaz à effet de serre à la source, et notamment pour retarder la réduction immédiate des énergies fossiles dans le mix énergétique.
- De préserver la sécurité écologique et alimentaire en évitant certaines approches de CDR à grande échelle (comme la bioénergie avec captage et stockage de carbone ou des projets de reforestation mal conçus) pouvant entrer en compétition directe avec les cultures vivrières et la sécurité alimentaire, les ressources en eau et la préservation de la biodiversité.
- De garantir l’intégrité scientifique des processus en certifiant la permanence du stockage du carbone et en harmonisant la comptabilité climatique mondiale pour éliminer le greenwashing.
- D’assurer la justice sociale et la légitimité publique en garantissant une répartition équitable des coûts et des risques, en intégrant les pays vulnérables et les communautés locales dans les décisions qui ne doivent pas revenir aux seules forces du marché
Source : Meta
Le rapport Overshoot du PNUE, en établissant clairement que « le dépassement de 1,5°C n’est plus une hypothèse, mais une réalité imminente », introduit un changement de perspective qui va bousculer l’ambition climatique avec des implications stratégiques inédites pour les politiques publiques. Cette ambition devrait, à l’avenir, être de « tout mettre en œuvre pour que le désormais inévitable dépassement soit aussi petit et court que possible et que le retour en dessous de 1,5°C soit le plus rapide possible ». Son succès se mesurera par l’ampleur du pic, la durée du dépassement et la capacité à revenir sous 1,5°C.
Dans ce contexte, le recentrage de l’action climatique sur l’atténuation, l’adaptation et le CDR devient impératif. Les politiques publiques nationales et internationales devraient, dans ces conditions selon le rapport, viser les objectifs stratégiques suivants :
- Rehausser immédiatement l’ambition climatique en i) révisant les CDN pour aligner les trajectoires sur un pic inférieur à 2°C et ii) en accélérant les transitions énergétiques et industrielles, notamment par une sortie rapide des combustibles fossiles;
- Intégrer l’Overshoot dans la planification nationale avec i) des Scénarios de risques climatiques plus sévères et ii) des plans structurés d’adaptation pour les différents secteurs d’activité (énergie, agriculture, santé, infrastructures);
- Mettre au point et en œuvre une gouvernance internationale stricte du CDR i) à travers des normes internationales pour éviter les dérives d’accaparement des terres et les impacts sociaux liés à des projets CDR en compétition avec les cultures vivrières et ii) par l’intégration du CDR dans les stratégies de long terme.
- Soutenir les pays vulnérables grâce à i) un financement accru pour l’adaptation et ii) le renforcement de leurs capacités institutionnelles.
Révision des CDN
Les mécanismes de révision des Contributions Déterminées au niveau National (CDN) reposent sur le principe fondamental du mécanisme d’ambition continue (ou « effet cliquet ») instauré par l’Accord de Paris en 2015. L’objectif principal de ce dispositif est de pousser les États à rehausser progressivement leurs engagements afin de contenir la hausse des températures mondiales en dessous de 1,5°C. Le tableau ci-dessous en donne les principales composante

Source : IA Meta
Le schéma ci-dessous décrit l’Overshoot et les différentes mesures envisagées pour le contenir et pour ramener l’élévation de la température mondiale en dessous du seuil de 1,5°C

Voici en résumé ce que disent le Rapport Overshoot du PNUE et ce schéma. Ils affirment que des décennies d’inactions ont conduit à la situation actuelle et que le monde dépassera 1,5°C dans les prochaines années, avec un pic probable autour de 1,8°C. Ce dépassement accroîtra fortement les risques climatiques, écologiques et socio-économiques. Pour limiter les dommages, il est impératif de réduire immédiatement et massivement les émissions, y compris le méthane, d’atteindre le net-zéro puis des émissions net-négatives. Le retrait du carbone (CDR) devient indispensable pour ramener les températures sous 1,5°C, mais il doit être strictement encadré. L’adaptation doit être renforcée, tout en reconnaissant ses limites si le pic est trop élevé. Le rapport appelle à une action urgente pour minimiser la durée et l’ampleur du dépassement, condition essentielle pour éviter les seuils irréversibles et, préserver les écosystèmes et les sociétés humaines.
- Quels accueils a reçus le rapport Overshoot du PNUE?
Le rapport Overshoot du PNUE a été accueilli tant au niveau des institutions publiques que de la société civile comme un tournant majeur qui devrait rebattre les cartes en ce qui concerne l’ambition et les stratégies climatiques.
Les institutions publiques, comme l’UNFCCC (Convention Climat), le GIEC ou les Organisations internationales sectorielles (Banque Mondiale, FAO, OMS ou OCDE) le considèrent comme un document pivot qui acte de l’inévitabilité du dépassement de 1,5°C, comme un signal d’alarme sur les risques d’un dépassement prolongé, comme un appel à reconfigurer la gouvernance climatique mondiale autour de la gestion du dépassement et surtout comme une feuille de route pour un retour sous 1,5°C via un chemin « dépassement, pic et déclin ». Loin de le contester, elles s’alignent dessus, l’intègrent dans leurs réalités, et préparent leurs stratégies en conséquence.
Les responsables de l’UFCCC, par exemple, soulignent que les politiques actuelles sont insuffisantes pour éviter le dépassement, que la gouvernance climatique doit être réorientée vers la gestion du dépassement et qu’il est impératif d’accélérer la sortie des combustibles fossiles et de renforcer l’adaptation. La banque mondiale appelle au renforcement des investissements dans l’adaptation et les infrastructures résilientes.
Au niveau de la société civile les réactions sont plus fortes et variées et plus tournées vers les actions devant être entreprises pour limiter le niveau et la durée du dépassement dont elles reconnaissent l’inévitabilité. Elles convergent sur un point : le rapport Overshoot acte d’une nouvelle réalité climatique. Mais il ne doit en aucun cas servir de justification à l’inaction. Il doit au contraire devenir un catalyseur pour une transformation profonde, rapide et juste des politiques climatiques mondiales
Les mouvements de justice climatique, comme 350.org, voient le rapport comme un avertissement brutal mais mobilisateur. Pour eux, chaque dixième de degré compte. Chaque jour passé au‑dessus de 1,5°C signifie des littoraux engloutis, des terres agricoles inondées, des récifs coralliens perdus. Ils dénoncent le retard politique comme un choix délibéré aux conséquences lourdes et appellent à une sortie rapide et financée des énergies fossiles.
Les organisations africaines, notamment celles du Bassin du Congo comme OFYI Congo, accueillent le rapport avec gravité et exigence. Elles refusent que la gestion du dépassement devienne un prétexte pour relâcher la décarbonation ou pour promouvoir des « mirages technologiques » comme le DACCS ou le BECCS. Elles rappellent que les forêts naturelles du Congo sont des puits de carbone irremplaçables et exigent une justice climatique effective, incluant des financements massifs pour l’adaptation et la protection des écosystèmes.
Un troisième courant de la société civile, plus critique, estime que le rapport risque de normaliser le dépassement plutôt que de le considérer comme un échec politique. Ces organisations dénoncent la dépendance aux technologies d’élimination du carbone, jugées risquées et porteuses d’injustices, et réclament une sortie accélérée et équitable des combustibles fossiles
- Conclusion
Ce numéro du bulletin porte sur le rapport Limiting Overshoot: Navigating exceedance of 1.5°C and pathways towards return (Limiter le dépassement : Naviguer au-delà de 1,5 °C et tracer les voies d’un retour) que vient de publier (septembre 2026) le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE).
Le bulletin rappelle le contexte général dans lequel se situe cette publication. Il en fait une brève présentation en en ressortant les idées forces et conclut avec une revue synthétique des réactions qu’elle a suscitées chez différentes catégories d’acteurs de la lutte contre les changement climatiques
Le contexte général de la publication du rapport du PNUE est marqué par la succession d’évènements climatiques extrêmes qui ont frappé la planète de façon répétée ces dernières années, avec notamment les vagues de chaleur de cet été en Europe
Le message central du rapport est le suivant : le monde dépassera inévitablement le seuil de 1,5°C dans les prochaines années. Il reste cependant possible, indique-t-il, de limiter l’ampleur et la durée de ce dépassement, puis de ramener les températures sous 1,5°C grâce à une combinaison de réduction massive et urgente des émissions, d’adaptation renforcée, et de déploiement gouverné du retrait du carbone (CDR).
Le rapport a été accueilli tant au niveau des institutions publiques que de la société civile comme un tournant majeur qui devrait rebattre les cartes en ce qui concerne l’ambition et les stratégies climatiques.
Les institutions publiques, comme l’UNFCCC (Convention Climat), le GIEC ou les Organisations internationales sectorielles (Banque Mondiale, FAO, OMS ou OCDE) le considèrent comme un document pivot qui acte de l’inévitabilité du dépassement de 1,5°C. Loin de le contester, elles s’alignent dessus, l’intègrent dans leurs réalités, et préparent leurs stratégies en conséquence.
Au niveau de la société civile les réactions sont plus fortes et variées et plus tournées vers les actions devant être conduites pour limiter le niveau et la durée du dépassement dont elle reconnait l’inévitabilité. Si elle converge avec les autres acteurs sur le fait que le rapport Overshoot acte d’une nouvelle réalité climatique, elle considère qu’il ne doit en aucun cas servir de justification à l’inaction. Il doit au contraire devenir un catalyseur pour une transformation profonde, rapide et juste des politiques climatiques mondiales au centre desquelles elle situe la sortie organisée des combustibles fossiles.
Il fallait, qu’à un moment donné, quelqu’un « brasse la cage » où se sont endormi tous les oiseaux de bons et augures.
C’est ce que vient de faire le rapport Overshoot du PNUE. Cela fera-t-il bouger les lignes, surtout celle de l’élévation soutenue de la température moyenne fonçant droit vers le dépassement du seuil critique de 1,5°C?
Bibliographie
- PNUE, Limiting Overshoot: Navigating exceedance of 1.5°C and pathways towards return, 02 September 2026, https://www.unep.org/resources/limiting-overshoot-navigating-exceedance
- UNFCC, Accord de Paris, décembre 2015, https://unfccc.int/fr/a-propos-des-ndcs/l-accord-de-paris
- Mirey Atallah, PNUE, Overshoot explained: 5 things to understand about a world beyond 1.5°C, https://www.unep.org/news-and-stories/story/overshoot-explained-5-things-understand-about-world-beyond-15degc
- OMM, Record-breaking heat and extreme weather continue, 12 August 2026, https://wmo.int/media/news/record-breaking-heat-and-extreme-weather-continue
- GIEC/AR6, Changement climatique 2021 : Les bases scientifiques physiques. Contribution du Groupe de travail I au sixième Rapport d’évaluation, 2021, https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg1/
- OMM, WMO Global Annual to Decadal Climate Update 2025–2029, 2025, https://wmo.int/resources/publication-series/wmo-global-annual-decadal-climate-update/wmo-global-annual-decadal-climate-update-2025-2029
- WMO, WMO Global Annual to Decadal Climate Update 2026-2035, https://library.wmo.int/viewer/69882/download?file=WMO-GADCU-2026-2035_en.pdf&type=pdf&navigator=1
- UNEP, Emissions Gap Reports, https://www.unep.org/resources/emissions-gap-report
- 350.org, 350.org réagit au rapport de l’ONU confirmant que la barre des 1,5°C est en passe d’être franchie, 2 septembre 2026, https://350.org/fr/press-release/350-org-reagit-au-rapport-de-lonu-confirmant-que-la-barre-des-15c-est-en-passe-detre-franchie-chaque-dixieme-de-degre-merite-detre-defendu/?utm_source=copilot.com&r=CA&c=NA
- OFYI Congo, Position de OFYI Congo face au rapport du PNUE « Limiting Overshoot », 7 septembre 2026, https://planeteirdplus.ird.fr/fr/news/position-de-ofyi-congo-face-au-rapport-du-pnue-limiting-overshoot-gerer-le-depassement-climatique-exige-une-justice-climatique-et-des-solutions-267?hb=1&utm_source=copilot.com
Annexe

