Bulletin GSI de décembre 2025
L’Agenda 2063 : Le Deuxième Plan Décennal de Mise en œuvre
Sibi Bonfils, GSI
- Introduction
Ce numéro du bulletin porte sur le Deuxième Plan Décennal de Mise en œuvre (DPDM – STYIP) de l’Agenda 2063, le cadre stratégique de développement que l’Afrique s’est donné en 2015 pour réaliser l’Afrique que veulent les Africains d’ici 2063.
L’Agenda 2063 adopté par la Conférence des chefs d’État et de gouvernement de l’Union Africaine (UA) en janvier 2015, a été conçu pour réaliser la Vision d’une « Afrique intégrée, prospère et pacifique, dirigée par ses propres citoyens et représentant une force dynamique sur la scène mondiale ». Il est mis en œuvre à travers cinq plans décennaux.

Le premier plan, couvrant la période 2014-2023 a fait l’objet d’une évaluation ouverte dont les principaux résultats ont été présentés dans le bulletin de novembre dernier. L’expérience acquise au cours de cette première décennie de mise en œuvre de l’Agenda 2063 et les leçons tirées ont été précieuses dans la conception du plan pour la seconde décennie qui va de 2024 à 2033.
Ces leçons sont brièvement rappelées avant la présentation de ce second plan, présentation organisée autour i) des ambitions de l’Afrique pour la deuxième décennie de mise en œuvre de l’Agenda 2063, ii) des dispositions méthodologiques envisagées pour réaliser ces ambitions, et ii) des mécanismes institutionnels et de gouvernance conçus pour une mise en œuvre plus réussie. L’information synthétisée ici est tirée de Agenda 2063, la décennie de mise en œuvre accélérée : Deuxième Plan Décennal de Mise en œuvre 2024-2033.
- Bref rappel des enseignements tirés de la première décennie de mise en œuvre
Les citoyens africains considèrent que l’Agenda 2063 est aussi pertinent aujourd’hui qu’il l’était en 2013 pour les stratégies à déployer, les actions à conduire et les gestes à poser en ce qui concerne le développement du Continent. C’est l’un des principaux enseignements tirés de la première décennie de mise en œuvre.
Cette décennie a aussi permis i) de mesurer la pertinence des efforts concertés et des investissements conjoints pour réaliser des ambitions communes dans un cadre structuré d’objectifs et d’actions prioritaires et, ii) de reconnaitre cela comme une valeur ajoutée de premier plan dans le combat pour le développement continental.
L’intégration de mesures de résilience dans les futurs plans décennaux s’est révélée d’une importance stratégique pour la protection des acquis du continent en matière de développement. C’est ce que dictent les tendances majeures actuelles, les transitions en cours et différents facteurs externes comme la numérisation et l’Intelligence Artificielle, les changement climatiques ou les pandémies. Ces mesures devraient s’accompagner de dispositifs de surveillance des risques et d’exploitation des opportunités. Un système rigoureux de suivi-évaluation avec des mécanismes d’action corrective et d’incitation à la mise en œuvre est recommandé dans ce contexte.
L’évaluation des coûts des plans décennaux est reconnue comme un facteur déterminant dans le processus de mobilisation des ressources et dans leur allocation. La décision de chiffrer tous les futurs plans en résulte. Dans ce contexte, la volonté de reposer le financement des plans principalement sur les gouvernements et les citoyens africains a été réaffirmée. Elle sous-tend l’idée de créer un fonds continental de développement pour l’Agenda 2063, un fonds doté de mécanismes solides de mobilisation des ressources nationales.
L’appropriation et la domestication de l’Agenda 2063 sont ressorties comme des points faibles à améliorer si l’on veut accélérer et réussir la mise en œuvre. La sensibilisation du public et son information sur l’Agenda 2063, des niveaux communautaires et infranationaux aux plateformes continentales et mondiales, sont essentielles dans cette perspective. Un programme efficace de communication et de plaidoyer correctement financé en serait la clé.
- Le Deuxième Plan Décennal de Mise en œuvre (DPDM) de l’Agenda 2063
Pour la deuxième décennie, la décennie de l’accélération, le Plan de mise en œuvre a été élaboré en s’appuyant i) sur les enseignements tirés de la première décennie de mise en œuvre, ii) sur les résultats des consultations conduites dans les pays membres de l’UA auprès des acteurs étatiques et non étatiques, iii) sur les propositions tirées de l’analyse de 40 rapports nationaux de consultation, iv) sur des recommandations issues d’études documentaires concernant des plans nationaux, régionaux ou continentaux de développement, v) sur les conclusions des analyses des contextes continental et mondial et, vi) sur des avis d’experts.
Cet exercice a permis de i) dégager pour la deuxième décennie, un nombre limité d’ambitions, les 7 Moonshots, sur lesquelles il a été délibérément choisi de concentrer les efforts du continent, ii) se donner un cadre conceptuel définissant les orientations et des approches pour réaliser ces ambitions, iii) définir des trajectoires et des accélérateurs pour guider et réussir la mise en œuvre du DPDM , et iv) préciser les dispositions retenues pour une gouvernance et une gestion efficaces de cette mise en œuvre.
- Les ambitions pour la seconde décennie de mise en œuvre
Les ambitions du Continent pour la seconde décennie de mise en œuvre de l’Agenda 2063 sont guidées par la Vision d’une « Afrique intégrée, prospère et pacifique, dirigée par ses propres citoyens et représentant une force dynamique sur la scène mondiale ». Elles s’inspirent des 7 Aspirations consensuelles et des 20 objectifs que les africains veulent réaliser d’ici 2063. Elles sont au nombre de 7 comme les 7 aspirations, et sont désignées comme les 7 Moonshots à réussir d’ici 2033, au cours de la décennie de l’Accélération.
Moonshot
Le terme “moonshot” remonte à la mission Apollo 11 de la NASA, qui a envoyé les premiers hommes sur la lune en 1969. Le président américain John F. Kennedy a utilisé l’expression “moonshot” pour décrire l’objectif ambitieux de la mission, qui était de débarquer un homme sur la Lune avant la fin de la décennie.
Depuis lors, le terme “moonshot” a été utilisé pour décrire des projets ou des objectifs ambitieux qui nécessitent des efforts considérables et des innovations pour être atteints. Il est souvent utilisé dans les domaines de la technologie, de la science et de l’innovation pour décrire des projets qui visent à résoudre des problèmes complexes ou à atteindre des objectifs audacieux. Cancer Moonshot ou IA Moonshot sont des projets qui s’inscrivent dans cette perspective.
Source IA Meta
Le graphique ci-dessous décrit les Moonshots à travers leur logo, leur désignation et leur contenu.

Comme on peut le voir dans le tableau ci-dessous, le Moonshot 1 correspond à l’Aspiration 1 de l’Agenda 2063. Il est assorti de quelques objectifs stratégiques conçus pour contribuer aux objectifs correspondants de l’Agenda 2063.

Les tableaux correspondants pour l’ensemble des 7 Moonshots et des objectifs stratégiques du DPDM sont donnés à l’annexe du descriptif du DPDM.
Chaque Moonshot est décrit avec un bref état des lieux permettant de situer le niveau des efforts à faire pour atteindre les cibles visées en 2033 par les différents objectifs stratégiques. Ces cibles, généralement chiffrées, sont brièvement exposées en même temps que les stratégies recommandées pour les atteindre. La présentation du Moonshot est complétée i) en mettant en exergue les principaux moteurs ou les interventions permettant de le réussir et ii) en ressortant les projets phares de la décennie le concernant. Le tableau ci-dessous résume ces informations pour le Moonshot 1

A chaque objectif stratégique est associée une matrice de résultats qui précise, comme indiqué ci-dessus, les cibles pour 2033 et les stratégies à déployer pour les atteindre. Le tableau ci-dessous en donne un aperçu pour le Moonshot 1 et son objectif stratégique 1.1(a).

- Un cadre et un récit conceptuels pour réussir les changements souhaités
Pour réaliser les 7 Moonshots de la deuxième décennie, un récit et un cadre conceptuels ont été mis au point. Ils situent les Moonshots dans la dynamique définie pour bâtir l’Afrique que veulent les Africains. Ils définissent les processus planifiés à suivre pour transformer en résultats, les interventions déterminées à partir i) des enseignements tirés de la première décennie de mise en œuvre et ii) des changements souhaités pour 2033. Ils donnent un aperçu des cadres d’action (continental, régional, national et infranational), des moteurs des changements escomptés (technologie, coordination, communication, financement, développement des capacités…), ainsi que des mécanismes à mettre en œuvre pour mobiliser les ressources et les différentes parties prenantes (citoyens africains, institutions gouvernementales et non-gouvernementales, secteur privé, partenaires au développement, institutions universitaires, chercheurs et groupes de réflexion). Le schéma ci-dessous en propose une représentation.

- Trajectoires et accélérateurs de mise en œuvre
- C’est aux trois échelles, continentale, régionale et nationale que se conduira la mise en œuvre des 7 Moonshots. Le DPDM précise les contributions respectives de chacune d’elles.
A l’échelle continentale, les cadres continentaux et les projets-phares présentés dans la figure ci-dessous feront partie des instruments clés de mise en œuvre, en ce qui concerne notamment la négociation des investissements. Le DPDM recommande cependant de les réviser pour les adapter aux contextes actuels. Une attention particulière doit être accordée aux projets phares qui devraient être mis en œuvre à la vitesse, à l’échelle et dans l’ordre appropriés. Des efforts de conception en ce qui concerne en particulier la structuration des activités et leur planification, ainsi que l’allocation des ressources, sont fortement recommandés.

Aux échelles régionales, les Communautés Économiques Régionales (CER) seront les acteurs clés. Leurs interventions au niveau des Moonshots se feront conformément à leurs stratégies et plans de développement découlant de cadres régionaux spécifiques.
Aux échelles nationales, les États membres intégreront les cadres et programmes régionaux et continentaux dans les Plans Nationaux de Développement (PND) lesquels gagneraient à être renforcés par l’UA et ses organes compétents.
- Les accélérateurs ou moteurs de mise en œuvre retenus dans les DPDM sont i) la coordination des activités; ii) le financement; iii) la sensibilisation, la communication et le plaidoyer; iv) le suivi, l’évaluation, les données, la responsabilité et l’apprentissage (MEDAL); v) les partenariats; vi) la domestication; vii) le développement des capacités; et viii) la mise à contribution de technologies appropriées.
Tous ces facteurs essentiels pour faire de la deuxième décennie la décennie de l’Accélération, sont présentés de façon détaillée dans le DPDM. Les processus de coordination et leurs acteurs sont ainsi décrits aux échelles continentales, régionales, nationales et jusqu’au niveau des autorités locales. Il en est de même de la domestication et de l’appropriation de l’Agenda 2063 qui ont pour principal objectif l’intégration des priorités du DPDM dans les plans et budgets nationaux. La sensibilisation, la communication et le plaidoyer essentiels à ces deux niveaux tant pour les citoyens africains que pour les autorités politiques ou les différents acteurs de développement du continent, sont présentés à travers les initiatives envisagées et les résultats escomptés.
Le tableau ci-dessous donne une bonne idée des initiatives de sensibilisation considérées dans le DPDM.

- La gouvernance du DPDM
Trois niveaux de gouvernance sont considérés dans la mise en œuvre du DPDM, le Continental, le régional et le National. A chaque niveau sont rattachées des entités et des responsabilité spécifiques. Ces entités sont, i) pour le niveau continental, la conférence des chefs d’État, le Conseils Exécutif, le Comité ministériel de suivi de la mise en œuvre, le Comité de suivi des Ambassadeurs et l’Unité technique de la Commission de l’UA; ii) pour le niveau régional, les Communautés économiques régionales (CER); et iii) pour le niveau national, les Autorités nationales et les Autorités locales des États membres.
Le schéma ci-dessous présente ces entités avec leurs responsabilité respectives.

Des dispositions spécifiques de suivi-évaluation et de production des rapports ont été arrêtées. Elles distinguent les résultats de haut niveau des résultats au niveau du programme et proposent des calendriers d’exécution.
Les résultats de haut niveau concernent les sept Moonshots, les trois trajectoires (continentale, régionale et nationale) et les huit catalyseurs ( i) coordination; ii) financement; iii) sensibilisation, communication et plaidoyer; iv) suivi, évaluation, données, responsabilité et apprentissage; v) partenariats; vi) domestication ; vii) développement des capacités ; et viii) infusion de technologies appropriées dans la mise en œuvre du DPDM). Ces résultats vont être présentés sous la forme d’un tableau de bord dédié à la gestion de la mise en œuvre du DPDM et à d’éventuelles décisions de réorientation des actions pour aller rechercher les résultats souhaités. Il sera doté d’un mécanisme de mise à jour régulière.
Les résultats au niveau du programme mesurent l’efficacité des interventions des différentes institutions aux échelles continentale, régionale et nationale. Ils devraient permettre de tirer des enseignements et de formuler des recommandations en vue d’améliorer les processus de planification et la mise en œuvre du DPDM.
Le calendrier pour les rapports d’exécution varie avec le niveau d’exécution. Ils sont trimestriels et centrés sur des domaines spécifiques au niveau communautaire et local. Ils sont annuels et thématiques au niveau national où des rapports d’avancement bisannuels englobant tous les indicateurs de base du DPDM sont également prévus. Ils sont bisannuels et centrés sur la mise en œuvre au niveau régional. Au niveau continental, l’AUDA-NEPAD et la CUA rédigeront des rapports annuels sur des thèmes sélectionnés, des rapports continentaux biennaux présentant les analyses des progrès et des performances de l’Afrique avec une évaluation des résultats de haut niveau.
Le calendrier pour l’évaluation prévoit une évaluation à mi-parcours du DPDM, courant 2028, un évaluation dont les résultats serviront à définir la position commune africaine dans le processus mondial d’élaboration de l’Agenda post-2030. L’évaluation finale prévue pour la mi-2032 contribuera à la formulation du troisième plan décennal de mise en œuvre.
- Évaluation des coûts du DPDM
Un des principaux enseignements tirés de la première décennie de mise en œuvre du DPDM est que le non-chiffrage du plan de mise en œuvre a été un facteur important d’inefficacité et d’inefficience, notamment dans la mobilisation et la répartition des ressources. Le second plan de mise en œuvre a en conséquence été chiffré en bonne et due forme. Deux approches ont été utilisées pour fournir des estimations de coûts, i) une approche par scénario mettant à contribution un modèle de prospective de Futurs Internationaux et, ii) une approche reposant sur l’analyse des budgets et des dépenses de États membres de l’UA.
Le modèle a fourni des projections de développement au sein des 55 États membres et entre eux, en mettant l’accent sur les voies de développement par l’agriculture, la démographie, l’éducation, l’économie, l’énergie, l’environnement, la finance, le genre, la gouvernance, la santé, les infrastructures, la politique internationale et la technologie. L’estimation des coûts a porté sur ces différents secteurs et plus spécifiquement sur les infrastructures, l’éducation, la santé, la recherche et le développement (R&D), la protection sociale, les pensions, l’armée et l’administration.
L’approche par les budgets et les dépenses a analysé les données historiques de 40 États membres à l’aide d’algorithmes spécifiques, et a extrapolé ces données sur dix ans pour l’ensemble des 55 États membres, compte bien tenu des ambitions pour la deuxième décennie exprimées à travers les 7 Moonshots et leurs objectifs stratégiques.
Le graphique ci-dessous résulte du croissement des résultats des deux approches.

Un total d’environ USD 9 000 milliards seront nécessaires pour réaliser les ambitions de la deuxième décennie de mise en œuvre de l’Agenda 2063. Pour sortir de la trajectoire de développement actuelle et se hisser sur celle des 7 Moonshots, les budgets consacrés au développement doivent être multipliés par deux. Cela donne la pleine mesure des efforts de mobilisation des financements internes et externes à déployer pour combler ce gap et honorer les rendez-vous de 2033.
- Conclusion
Ce numéro du bulletin porte sur le Deuxième Plan Décennal de Mise en œuvre (DPDM) de l’Agenda 2063, le cadre stratégique de développement que l’Afrique s’est donné en 2015 pour réaliser l’Afrique que veulent les Africains d’ici 2063. Il fait suite et complète le bulletin de novembre dernier rapportant les résultats du Premier Plan Décennal de Mis en œuvre (PPDM).
Il propose, avec quelques illustrations, une présentation synthétique des ambitions et des stratégies retenues pour faire de la seconde décennie de mise en œuvre, une décennie de rupture avec le syndrome «toujours de nouvelles idées sans réalisations significatives».
Un nombre limité d’objectifs « extrêmement ambitieux et visionnaires », les 7 Moonshots, sur lesquels il a été délibérément choisi de concentrer les efforts du Continent, campent les ambitions pour cette décennie.
Un récit et un cadre conceptuels définissent les processus planifiés à suivre pour transformer en résultats, les interventions définies à partir i) des enseignements tirés de la première décennie de mise en œuvre et ii) des changements souhaités pour 2033. Ils décrivent les stratégies opérationnelles permettant d’aller chercher les résultats escomptés en insistant tout particulièrement sur la domestication de l’Agenda 2063, la coordination des actions et la reddition de compte, aux échelles continentale, régionale, nationale et infranationale.
La gouvernance du DPDM est clairement définie en nommant les entités qui doivent intervenir et en indiquant ce qu’elles doivent faire aux différents échelles, continentale, régionale, nationale et infranationale pour rompre avec le syndrome susvisé.
Le DPDM a été dûment chiffré comme recommandé dans les enseignements tirés de la première décennie de mise en œuvre. Un total d’environ USD 9 000 milliards seront nécessaires pour réaliser les ambitions qu’il porte. Pour sortir de la trajectoire de développement actuelle et se hisser sur celle des 7 Moonshots, les budgets consacrés au développement doivent être multipliés par deux. Cela donne la pleine mesure des efforts de mobilisation des financements internes et externes à déployer pour combler ce gap et honorer les rendez-vous de 2033.
Joyeux temps des fêtes et une bonne et heureuse année 2026!
Bibliographie
- GSI, Agenda 2063 : Bilan du premier plan décennal de mise en œuvre, novembre 2025, https://globalshift.ca/agenda-2063-bilan-du-premier-plan-decennal-de-mise-en-oeuvre/
- Union Africaine, Agenda 2063, la décennie de mise en œuvre accélérée : Deuxième Plan Décennal de Mise en œuvre 2024-2033, https://www.nepad.org/sites/default/files/2024-07/STYIP%20FRENCH%20LAUNCH%20VERSION_0.pdf

